La vie au Moyen Âge

Discussion dans 'Autre' créé par malhuin, 21 Février 2013.

?

Pour vous, quel niveau de réalisme doit être atteint sur LRCM ?

Sondage fermé 21 Mai 2013.
  1. Le niveau de Skyrim

    5.3%
  2. une impression presque historique

    26.3%
  3. entre les deux

    68.4%
  1. arkanikorde

    arkanikorde Chef de projet - Le Roy c'est Moi ! Staff Member

    Eh bien je retiens quelques idées (les cloches sonnant toute les trois heures, les étuves...) pour le reste il faut voir avec des scripteurs si c'est pas trop dur ou trop long à faire (ex : un garde patrouillant et disant l'heure toute les toutes les deux heures).

    Déjà il faut savoir que les villes et les châteaux ferment leurs portes à la nuit tombée (22h) et ne les ouvrent qu'à l'aube (6h). À moins que le PJ ne soit haut placé on lui ouvrira pas en pleine nuit et le fait de forcer le passage sera sévèrement mal vu par la garde. (ce coté-là est en cours de travail avec les scripteurs).

  2. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    Continue à suivre ce topic Arka.... j'ai des centaines d'idées !

  3. Yuril

    Yuril Créateur Le Roy c'est Moi !

    C'es très intéressant malhuin, si on arrive a faire juste 10% de ces idées, à côté Bordeciel paraîtra fade niveau immersion. ^^

  4. Gugusso

    Gugusso Grand Copiste de Saint Capello Staff Member

    L'idée de l'emploi du temps religieux est envisageable dans la mesure où ce n'est pas le même dieu qui est vénéré (dans LRCM, une nouvelle déesse fait son apparition : la Dame du Lac). Pour les jours fériés, je suis bien plus réticent (le temps défilant assez lentement et le séjour des joueurs en Nouvelle Hauteroche restant assez limité), mais c'est également envisageable si ça ne requiert pas trop de travail.

  5. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    En fait, j'y réfléchis depuis hier... et je pense avoir trouvé un biais. On pourrait faire des quêtes radiant en rapport avec des reliques, des jours fériés. pas besoin que ce soit réellement lié à un jour en particulier. Je doute qu'un joueur fasse vraiment attention à ce que la fête de Saint Grégoire tombe le 6 âtrefeu ou le 290 sombreciel. Mais ça permettrait de déclencher des fêtes religieuses dans le cadre de quêtes. Un chevalier ou un prêtre/moine pourrait avoir des quêtes en rapport avec le transport d'une relique... soit en temps que protecteur... soit parce qu'il est chargé du transport.

  6. Elros3112

    Elros3112 Modérateur Le Roy c'est Moi ! Staff Member

    On en avait déjà parlé avec Arka (quand on a lancé l'idée de St Grégoire) j'aime bien l'idée des reliques !

  7. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    Le vêtement médiéval
    D'abord, quelques généralités. N'en déplaise à Bethesda, les teintures artificielles datent du XIXème siècle. Les teintures naturelles plus rares et plus chères furent le signe d'une indéniable richesse. La pourpre -par exemple- tirée du murex (une sorte de coquillage) était suprêmement rare puisque chaque murex ne donnait que quelques gouttes. C'est pourquoi les sénateurs romains ne portaient qu'une mince bande de pourpre sur leurs toges et que seul l'empereur en portait une entièrement teinte. Plus tard, au Moyen Âge, la pourpre devint la couleur des cardinaux au point que l'on mentionne cette couleur sous le nom de "pourpre cardinaline".
    Le bleu était fourni pas une plante appelée la guède, une sorte de fougère... On en tire un colorant appelé pastel ou cocagne. C'est un bleu très pâle. Les celtes croyaient que c'étaient une plante magique, ils s'en servaient pour se teindre la peau et valut à leurs combattants le nom "d'hommes bleus" ou "guerriers de guèdes". Un peuple de l'Écosse actuelle fut nommé "Pictes" (hommes peints) par les Romains à cause des dessins tracés au pastel qu'ils portaient sur le corps. Vous retrouvez la racine "Picte" dans le mot français pictogramme mais aussi dans l'anglais "picture" (image).
    Au Moyen Âge, le commerce de la guède fut florissant... les contrées où elle poussait étaient appelés "pays de cocagne"... expression qui est restée utilisée en français pour désigner une contrée merveilleuse et riche. Ce qui montre bien ce que le commerce de la guède avait d'enrichissant (et je ne parle pas sur le plan personnel mais bien financier). Les cogues, ces navires développées par la Hanse, tirent encore leur nom de cocagne et furent inventés pour le transport des tonneaux de ce colorant bleu.
    Pour terminer avec ce chapitre théorique, parlons des alchimistes. On l'oublie beaucoup mais les travaux principaux des "faiseurs d'or" n'étaient pas la chrysopée (recherche de l'or) ou la recette d'une panacée comme la Thériaque (médicament qui guérit tout). Un des (nombreux) surnom de l'alchimie est "art des teintures". La recherche de nouvelles tentures a été une obsession des alchimistes. D'ailleurs, les alchimistes sont les premiers inventeurs de teintures artificielles et chimiques. Mais en l'absence d'usine pour les produire leur apport est faible. La plus ancienne teinture synthétique est le cinabre vert ou noir obtenu à partir du plomb. Le procédé est la plus ancienne mise en œuvre de la chimie des solutions. Elle fut opérée par les alchimistes œuvrant au sein des temples d'Osiris... il y a plus de 5000 ans !

    Voilà pour la théorie, mais en pratique, cela donne quoi ?

    Les vêtements des pauvres sont le plus souvent dans la couleur d'origine du matériau utilisé. Le tissu le plus courant est la serge, une étoffe de laine au tissage simple. Plus tard, à partir du XIVème siècle, le drap se diffuse dans les couches humbles de la population. Le drap - essentiellement anglais- fera la fortune des filatures d'outre-manche. Il se déclinait en plusieurs qualités. En pleine Guerre de Cent Ans, les Français continuaient à acheter aux Anglais le drap dont ils avaient besoin... un comble. Mais essayez de porter des vêtements de serge... oui ça gratte, c'est une horreur. Il faudra attendre Louis XI pour que l'industrie de la soie se développe en France.

    Couleur des vêtements des pauvres :
    - non teinté, couleur dite écrue, un brun-jaune... comme les hardes des pauvres et des prisonniers dans Skyrim.
    - le brun
    - le marron

    Les vêtements des bourgeois sont plus riches de coloris cependant les coupes restes simples, sans broderie. La véritable raison de cette modestie était une loi interdisant aux bourgeois de rivaliser avec la noblesse...

    Avant de passer à la noblesse, il faut savoir que les couleurs avaient énormément d'importance au Moyen Âge. Chaque couleur avait sa signification et porter un vêtement d'une couleur donnée, avec un motif avait souvent un sens. Nous nous amusons beaucoup des vêtements mi-parti... une jambe d'une couleur, une jambe d'une autre, les manches appareillées avec la couleur de la jambe opposée.

    Jamais la mode ne fut plus extravagante qu'à la fin du Moyen Âge. En 1417, il fallut rehausser toutes les portes du château de Vincennes... car les dames de la cour ne pouvaient plus que les franchir à genoux à cause de la hauteur de leurs hennins !

    Le vêtement féminin est la "cotte hardie" (cotardie) parfois appelée "robe de beau maintien". Son décolleté est tellement profond qu'il faut que les femmes portent une gorgerette de tissu pour ne pas montrer ce que le vêtement est censé cacher :rolleyes:. Les manches collante jusqu'au coudes s'élargissent jusqu'à toucher terre au niveau des coudes. La taille est une taille de guêpe et la poitrine est relevée, le cou est nu.

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    Le hennin
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    Le vêtement masculin est le justaucorps ou pourpoint. il très fortement serré à la taille et les épaules sont rembourrés. Les jambes sont recouvertes de haut-de-chausses.... Si on complète ça par les poulaines.

    Oui je sais cette mode nous paraît ridicule.... dites-vous bien qu'ils diraient la même chose e nous voyant cela vous rendra un peu d'humilité. De toute manière, il ne s'agit que d'inspiration. Prenez ce qui vous paraît le moins ridicule et faites avec.

    Voilà de quoi trouver de nombreuses illustrations :

    http://la-passion-medievale.forumpro.fr/t213-costumes-france-xveme-siecle

    Si vous avez des questions, n'hésitez pas, cet article est volontairement très succinct.

  8. Gugusso

    Gugusso Grand Copiste de Saint Capello Staff Member


  9. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    La vie à la campagne
    Au Moyen Âge, exception faite de quelques rares villes, l'essentiel des populations vit dans des villages. Les commerçants et les artisans vivent en ville, mais les paysans (90% de la population) vivent dans les campagnes.​
    Que cultive-t-on dans les campagnes ?​
    D'après le Débat des Héraults d'Armes de France et d'Angleterre :
    "Nous avons de tous blés si plantureusement que nos voisins en viennent quérir, car la France est fort fertile. Dieu merci, et nous avons beaucoup de choses que vous n'avez pas [vous les Anglais] : premièrement le vin, qui est la plus belle liqueur qui soit, qui croît dans tout le royaume de France abondamment, et vins de diverses manières, de fort, de blanc, de rouge et de toutes sortes et si largement que nos laboureurs ne boivent point de cervoise et ne boivent que du vin... Idem nous avons de noyers et olive en quoi on fait de l'huile, les amandes, figues grasses, graines d'escarlate, guèdes et plusieurs autres choses de quoi vous n'avez rien... Idem nous avons toutes manières de fruits délicieux, tant de fruits d'étés que de fruits d'hivers... "​
    ( p 42 à 45).​
    N'oublions pas que même les villes hébergent une population de paysans qui cultivent les champs à l'extérieur - voire à l'intérieur - des remparts.​
    Chaque région essaie de produire tout ce dont elle a besoin. Au Moyen Âge, on n'importe pas les biens de consommation courante. De toute manière avec les péages et l'octroi les biens voient leur prix grimper en flèche. Comme vous l'avez noté plus haut, le "Hérault" de France se vante que tous les Français boivent du vin, boisson noble par excellence. La mise en bouteille était sujette à un impôt ( l'embouteillage) et devait être faite dans la ville proche pour éviter toute fraude... Elles devaient aussi être faites à certains jours précis. À leur arrivée les charrois de tonneaux empêchaient tout le monde de passer... et lorsqu'un étranger arrivait et qu'il demandait ce qu'il se passait on lui répondait "c'est un embouteillage".... et par ironie on parlait du blocage comme d'un "bouchon". Les deux termes sont toujours utilisé dans le sens médiéval sans que quiconque ne s'étonne du rapport avec une bouteille...​
    À la fin du Moyen Âge, la plupart des paysans sont propriétaires. La terre est à eux sous réserve de la "tenure" c'est-à-dire le paiement de redevances au seigneur qui domine la région. Comme l'État moderne, les seigneurs prélèvent des impôts sur la terre et les produits, et touchent une part de l'héritage. En sus ils prélèvent un impôt en nature (le champart) constitué d'un pourcentage fixe des récoltes.​
    Les guerres incessantes de la fin du Moyen Âge sont à l'origine de l'amélioration du statut des paysans. Une fois les terres ravagées, pillées et brûlées, les villages réduits en ruine, les seigneurs doivent rebâtir, et donc faire venir de nouveaux cultivateurs. Il leur a donc fallu faire plein de concessions et les nobles les plus généreux sont ceux qui virent arriver le plus de laboureurs sur leurs terres... y compris des serfs fuyant les domaines voisins. Qui a dit que la société médiévale n'était pas démocratique ? Les laboureurs votaient pour leur seigneur... avec leurs pieds :p !​
    Hélas, ce que la guerre apporte d'une main, elle reprend de l'autre. Les conflits répétés alourdissent les impôts royaux. Comme dit l'universitaire Gerson dans ses remontrances au roi : " Las, un pauvre homme aura-t-il payé son imposition, sa taille, sa gabelle, son louage, son quatrième, les éperons, la ceinture de la reine, les trévages, les chausses, etc. puis viendra une taille qui sera créée et sergents de venir et engager pots et paille. Le pauvre homme n'aura pain à manger... " et hélas tout le monde doit payer les impôts, les riches comme les pauvres.​
    Il est difficile de dresser un tableau de la situation. La situation dépend énormément du statut paysan et de la région.​
    Ainsi, à l'époque de Louis XI, sir John Fortescue dresse cette description : "Les paysans ne boivent que de l'eau, mangent des pommes avec du pain fort bru, fait de seigle. Ils ne mangent pas de viande, sauf quelque fois un peu de lard ou bien les entrailles et la tête de la bête qu'ils tuent pour l'alimentation des nobles et des marchands du pays. Ils ne portent pas de laine, sauf une pauvre cotte sous leur vêtement de dessus, lequel est fait de toile grossière et est appelé blouse. Leurs housseaux sont faits de toiles pareilles et ne dépassent pas le genoux, où ils sont attachés par des jarretières, les cuisses restent nues."​
    Les maisons sont à la mesure de ce dénuement. C'est une masure grossière faite de terre, d'argile ou de torchis où s'entrelacent des lattis de bois. Les toits sont faits de chaume ou de bardeaux de bois. Les ouvertures sont rares et petites. Il n'y a parfois qu'une seule porte. Le plus souvent les maisons sont faites d'une seule pièce, parfois les gens vivent au milieu des animaux (ça tient chaud en hiver). Le plus souvent il n'y a pas de cheminée et le foyer se trouve au milieu de la pièce sous un trou qui permet à la fumée de sortir.​
    L'ameublement se résume à des coffres, des huches à pain, pas de lit généralement. Les paysans dorment sur un tas de foin.​
    Le plus long texte sur la vie paysanne à la fin du Moyen Âge nous est donné par le procès en réhabilitation de Jeanne d'Arc. C'est une vie en communauté où chacun aide ses proches. Les champs sont cultivés ensembles. Une fois la récolte faite, les plus pauvres ont le droit de participer au glanage (récupérer ce qui a été oublié). Les petits seigneurs, proches de leurs paysans, participent à leurs fêtes. D'ailleurs la vie n'est pas aussi triste que l'on se plaît à le raconter. Les enfants participaient au travaux des champs mais avaient aussi des loisirs, chants, danses et jeux.​

  10. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    Un village médiéval

    La quasi-totalité de la population vit à la campagne au Moyen Âge. Les grandes villes dépassent rarement 20 000 habitants. Le Paris de Charles VI et ses 200 000 habitants est une merveille qui éblouit les contemporains. La communauté la plus courante, au Moyen Âge, est le village.
    Le petit article qui suit a pour but de reconstituer un village médiéval typique afin qu’il vous serve d’inspiration.

    La forêt
    Étrange paradoxe que celui qui lie la forêt au village. À moins de se trouver sur une route ou à proximité d’une voie d’eau navigable, les villages sont isolés. Jusqu’au XIIIème siècle, la France est envahie de forêts épaisses et touffues qui abritent des loups et des brigands. Les villages vivent dans la peur de ces mauvais voisins.
    Cependant, ces forêts cachent aussi les villages aux yeux des armées en maraude et permettent aux villageois d’échapper aux pillages. La forêt fournit aussi du bois nécessaire à la construction comme à l’alimentation des cheminées.
    Sans la forêt la vie serait impossible… avec elle, la vie est seulement très dure.

    Les habitants
    Il y a deux types de terre dans un fief. La réserve, cultivée par des serfs, appartient directement au seigneur. Les serfs qui la cultivent n’ont pas le droit de quitter les terres de leur seigneur sous peine de mort. Les corvées et les impôts qu'ils payent à leur seigneur achèvent de les garder dans la misère.
    Les tenures sont des terres que le seigneur a concédées à des vilains (des paysans libres). Ces vilains payent divers impôts et doivent à leur seigneur un pourcentage variable de leurs récoltes. Ils participent aussi aux corvées (labour, vendanges dans les terres de la réserve, service militaire).

    La journée typique
    La journée commence par la traite du bétail, avant de l’amener au pâturage. Les pâturages sont des camps où il ne pousse que des pierres ou des champs en friche du fait de l’assolement triennal http://fr.wikipedia.org/wiki/Assolement_triennal. Les bergers et bergères sont aidés par des chiens de berger souvent capable de tenir tête à des loups… ou des brigands. Les hommes travaillent la journée entière aux champs. Les nuits sont courtes et sont passées à dormir. Les bougies et les lampes à huile coûtent trop cher. Sans engrais, la production est faible. Un hiver trop froid, une gelée tardive et c’est la disette. La pauvreté des campagnes n’est pas un mythe.

    Les divertissements
    Contrairement à la légende, si la vie est dure, elle n’est pas exempte de joie. Il y a de nombreux jours fériés… trop d’ailleurs ! Chacun étant un arrêt de travail obligatoire, ils permettent certes aux paysans de se reposer mais retardent aussi les travaux des champs. Les dimanches après-midi sont consacrés à divers jeux comme le boulten (un ancêtre du jeu de quille). Les jeunes filles vont danser, ramasser des groseilles, des champignons ou des marrons. Les garçons jouent à la soule, un ancêtre du rugby.

    Les bâtiments
    Huttes de cottiers :
    Les cottiers sont des serfs si pauvres qu’ils doivent louer leurs bras à leurs voisins pour pouvoir manger à leur faim. Ils vivent dans de simples huttes. La porte est remplacée par une tenture. Les fenêtres (s’il y en a sont de simples peaux de moutons huilées. La hutte n’a qu’une seule pièce. Une huche à pain, un coffre pour les provisions, quelques bat-flancs en guise de lits, un foyer au milieu de la pièce en forment tout l’ameublement. Dans un coin des bûches de bois constituent la réserve pour l’hiver.
    Maison d’homme libre :
    La maison d’homme libre est constituée d’un étage servant de grenier et d’un rez-de-chaussée formé de deux pièces, la maison a un sol de terre battue. La première pièce est une cuisine/ chambre pour toute la famille. La seconde est une réserve de nourriture formée de plusieurs coffres/tonneaux/urnes remplie de légumes, de pain ou de lard fumé. La maison à souvent une dépendance, porcherie ou étable.
    Maison d’homme riche :
    Le boulanger, le meunier, le forgeron où quelques rares paysans possédant de vastes terres ou des dizaines de têtes de bétail possèdent une maison de plus grande taille. Bâtie sur le même modèle que la maison d’homme libre, elle peut posséder des chambres et une vraie cheminée. Son grenier est plus vaste, approvisionné en viande et possède en guise de dépendance un entrepôt ou un saloir.
    Le moulin banal :
    Tout le grain produit au village est ici moulu. Ce moulin appartient au seigneur, une part de toute la farine est prélevée à titre de ban par le seigneur. Le moulin est accolé à une maison d’homme riche qui est la demeure du meunier.
    Le four banal :
    Autre propriété du seigneur, le four sert à faire cuire le pain, l’aliment principal de la paysannerie. Bien entendu, ce n’est pas gratuit et le seigneur prélève là aussi son dû. Un garde du seigneur (un des deux à vivre dans le village) surveille le four et veille à ce que chacun paye.
    Le pont banal :
    À l’entrée du village, un petit pont de bois enjambe la rivière qui fait tourner le moulin. Propriété du seigneur local, il prélève dessus un péage. Un garde est chargé de s’assurer que tout le monde paye son écot.
    La forge :
    La forge sert aussi bien pour ferrer les chevaux que pour fabriquer des outils. On produit rarement des armes et seulement de mauvaise qualité. La forge est aussi soumise à une taxe.
    L’église du village :
    Seul bâtiment de pierre du village, son grenier sert de silo pour entreposer le grain qui reste aux villageois après les différents impôts. Ses murs servent aussi à défendre les villageois en cas d’attaques de brigands. Se rendre régulièrement à l’église.
    Abattoir/saloir :
    Il est interdit d'abattre un animal sans l'accord du seigneur. Les animaux sont abattus par un ouvrier payé par le seigneur qui opère dans un abattoir qui est la propriété de ce dernier. Bien sûr, le service n'est pas gratuit. Il y a en fait trois bâtiments. Une réserve de sel, l'abattoir et le saloir. Ils se trouvent dans une cour non couverte, entourée de murs pour empêcher les bêtes de s'échapper. Tout est utilisé dans les bêtes : les os, les tendons, la peau, la viande bien sûr, mais même le sang (sous forme de boudin) et les abats. La viande est rare et très chère.
    Les bâtiments communs :
    La réserve seigneuriale s'articule autour de plusieurs bâtiments communs qui servent à tous les serfs. Il y a une porcherie, une grange à foin, une étable (pour les vaches), une bergerie (pour les moutons et les chèvres), un potager pour cultiver les légumes et une fromagerie qui fait... des fromages (non ? Si !).


    Se loger et se nourrir pour un voyageur :
    Il n’y a pas d’auberge bien sûr. Mais un voyageur peut sans peine trouver à se loger dans une étable sans débourser une seule pièce. L’hospitalité n’est pas un vain mot à cette époque. Il sera invité à manger avec la famille qui l’héberge mais devra « payer » son repas en répondant aux questions et en donnant des nouvelles des autres provinces.

  11. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    Les impôts
    (oui, je viens de recevoir ma feuille d'impôts...)
    L'impôt est et à toujours été l'objet d'un âpre débat. Souvent perçu comme injuste (à tort ou à raison) l'impôt est la marque d'un État "moderne" qui tire ses ressources des biens de ceux qu'il gouverne et non de domaines propre à son gouvernant.
    Un peu d'histoire
    Un régime fiscal régulier et rigoureux repose sur l'existence d'un système bureaucratique tout aussi régulier et rigoureux. Après la chute de l'Empire romain, l'Europe perd progressivement son système fiscal. Si Charlemagne était un si chaud partisan de l'école, c'est qu'elle permet de former des gens à lire, écrire, compter... exactement ce dont une administration dépend pour exister. Et qui dit administration dit impôt. Ce qui frappe à la lecture des capitulaires carolingiens, textes essentiellement liés aux lois et aux décrets, c'est que le système économique est branlant. L'État ne peut armer ses soldats et ceux-ci doivent s'armer eux-mêmes. la conscription se fait sur une base locale et dépend de la bonne volonté des seigneurs. Et pour que les seigneurs aient la volonté de se battre, Charlemagne leur attribue des terres sur les territoires qu'il conquiert. Une partie des frais doivent tout de même venir de la poche de l'empereur car la loi prévoit que si un cavalier perd son cheval ou son armure en combattant pour l'empereur, l'empereur doit fournir le remplacement. Mais où trouver l'argent ? Charlemagne commence par vendre ses propres terres, mais cela ne suffit pas. Il lui faut lever un impôt de guerre. À cette époque, la seule institution assez riche et assez organisée pour payer sur tout le territoire est l'Église. Sachant que, traditionnellement, l'Église est dispensée d'impôt cela provoquera quelques problèmes. Toutefois, à court terme, la solution marche et c’est l’essentiel.
    Si le système fonctionne bon an mal an dans un empire en expansion, il s’enraie lorsque l’empire fait face aux raids des Vikings. En fait, l’armée carolingienne se révèle un outil tout à fait inapproprié. Contrairement à la légende, les hommes du Nord ne font pas le poids face aux combattants carolingiens, bien mieux armés et entraînés, plus nombreux aussi. Mais les scandinaves n’affronteront que rarement les Francs en bataille ou en siège en règle, et lorsqu'il s'y essaieront seront à chaque fois vaincus. Les Francs seront cependant incapables d’enrayer par les armes les attaques des Vikings. Ceux-ci surgissent de la mer, pillent villages et abbayes pour repartir tout aussi vite. L’armée franque, nous venons de le voir, est un outil lent à mettre en branle et dont la mobilisation est entièrement à la charge des seigneurs locaux.
    L’Empire carolingien est tout simplement incapable de perdurer à cause de sa taille ( en comparaison du système de communication de l’époque) mais aussi à cause de sa faible densité de population qui empêche l’émergence de centres économiques et administratifs.
    Avec la dynastie capétienne qui remplace les Carolingiens en France, le pays voit l’apparition du système féodal. Ce système réduit le royaume à un vague consensus, le roi n’est plus qu’un seigneur comme un autre même s’il est le suzerain de tous. Chaque domaine est enclos dans un domaine plus vaste. En effet, dans son fief, un seigneur jouit d’une large indépendance. Il ne doit à son suzerain que le service de l’épée et le versement d’une partie des impôts qu’il a levés sur ses terres.
    Mais… « impôt » ce n’est pas ce que nous entendons nous par ce mot ? Il faut se rendre compte que le début de l’âge féodal est une période de repli régional. Il n’y a plus de grand commerce (ou si peu), la monnaie métallique disparaît dans les campagnes et on revient au troc. L’impôt que l’on doit au souverain se paie en pourcentage de la moisson et non en pièces sonnantes et trébuchantes. Vu les distances, le roi n’a pas plus les moyens de forcer un seigneur à payer ses impôts qu’un seigneur a les moyens d’envoyer 200 boisseaux de blés à Paris. Dans les faits, seuls les liens directs de vasselage entre seigneur avaient de l’effet, et le roi était plus vu comme un autre grand seigneur rival qu’un vrai suzerain.
    Saviez-vous que les premiers rois capétiens furent élus par les seigneurs ? http://vdaucourt.free.fr/Mothisto/Adalbert/Adalbert.htm
    Le fait tomba en désuétude pour deux raisons, d’abord parce qu’il était difficile réunir tous les seigneurs (dont bon nombre ne s’entendaient pas) à Paris. Mais surtout parce que cela n’en valait pas la peine, le roi avait si peu d’influence sur le royaume que cela ne se justifiait pas.
    Au fond, la France eut la chance… d’avoir des ennemis extérieurs. Sans les croisades, puis les guerres contre l’Empire romain germanique, l’Angleterre angevine… le roi n’aurait pas retrouvé sa place prépondérante. Utilisant leur seul atout, leur position de suzerain suprême, les rois capétiens surent mater les grands seigneurs.
    Philippe Auguste crée le système des baillis et des sénéchaux. Ceux-ci possèdent déjà certains pouvoirs en matière financière. Il faudra cependant attendre Saint Louis pour voir un début d’organisation financière dans tout le domaine royal. Sous Philippe le Bel, elle devient la Chambre des Comptes, charger de nommer les receveurs royaux, qui seront les premiers agents du fisc de l’histoire de France.
    C’est alors que survint l’épisode semi-légendaire des rois maudits. La dynastie capétienne jadis si puissante disparaît en deux générations. La couronne échoit aux Valois selon la « loi » dite salique (en fait une coutume). Seulement, une fille de Philippe le Bel a épousé le roi d’Angleterre également duc d’Aquitaine. Edouard III (petit fils de Philippe le Bel) revendique la couronne de France. C’est le début de la guerre de Cent Ans.
    Le but de cet article n’est pas de vous raconter ce conflit. Passons donc sur les événements proprement dits pour nous attacher à comprendre les bouleversements socio-économiques qu’ils provoquèrent. Dans le système féodal classique, le roi est sensé lever l’armée royale sur ses propres terres et avec les moyens du domaine royal. Les seigneurs de France sont tenus de servir à ses côtés mais vu les distances à parcourir, et le fait que la piétaille ne doit servir qu’un temps limité, lever une grande armée est impossible. Sans compter le coût, tout au plus le roi de France peut espérer une « aide » qu’il doit mendier aux états généraux.
    Avec la guerre de Cent Ans, la France s’enterre dans une situation de guerre permanente qui lui est largement défavorable. L’armée anglaise bien qu’inférieure en nombre est celle d’un pays seigneurial (et non féodal). L’Habeas Corpus imposé à Jean Sans Terre a permis de constituer des milices paysannes formées à l’utilisation d’un arc long en if des Carpates…. Le fameux longbow. La fière chevalerie française n’y résiste pas… En fait, le système féodal montre ses limites, en particulier son incapacité à s’adapter à la guerre « moderne ». L’armée française est un chaos de petits seigneurs dirigeant des unités hétéroclites appelé « lances », ou se côtoient des mercenaires-brigands, des arbalétriers italiens, des gardes écossais et irlandais, de nombreux Espagnols… ce ne sont pas des unités mais des paquets d’hommes juxtaposés les uns aux autres.
    Pour avoir une vraie armée, il faut une armée permanente. Ce n’est pas lorsque la guerre est sur le pas de sa porte, que l’on commence à recruter des hommes, à les entraîner et à les équiper. Mais ce n’est pas possible de se faire, pas sans un impôt permanent.
    En 1363, Charles V réunit les états généraux à Amiens. Il réussit à faire admettre l’organisation d’un fouage, c'est-à-dire un impôt sur les feux (foyers). Chaque famille réunie autour d’un feu devra le payer. Pour cela on crée un système complet applicable dans tout le royaume. Un clerc collecteur est chargé d’établir l’assiette du fouage dans une région et coordonne l’action des percepteurs chargés de le collecter. Les clercs sont ensuite chargés d’acheminer l’impôt au receveur général qui le transmet ensuite à l’administration fiscale.
    Les gabelles
    Tout le monde a entendu parler de la gabelle. C’est l’impôt sur le sel. Le sel, agent de sapidité, est connu depuis la Préhistoire. Mais son rôle va bien au-delà de ça. Il est indispensable à la conservation, on sale la viande et on saumure (plonge dans de l’eau fortement salée) les harengs. Le sel, en favorisant la rétention d’eau, permet d’accélérer la prise de poids des animaux destinés à l’abattoir.
    Le sel est donc une denrée vitale pour l’alimentation.
    Louis X le Hutin est le premier à se mêler du commerce du sel, mais il ne fait qu’en fixer un prix « convenable « … qui l’arrange lui et organise des ventes forcées. Philippe VI de Valois multiplie les ordonnances sur le sel de 1331 à 1343, il en fait un impôt (la gabelle) et l’érige en monopole royal. Si c’est le plus célèbre des impôts médiévaux, c’est parce que c’était le plus rentable et le plus impopulaire. Colbert disait de la gabelle que c’était « un des principaux soutiens de l’État ».


    On l’a vu quelques lignes plus haut, le sel est indispensable. C’est aussi une source presque intarissable (les océans sont salés), mais dont l’extraction ne peut se faire que dans des lieux faciles à surveiller (mines de sel gemme ou marais salants en bord de mer). Le transport ne peut se faire que dans de grands charrois faciles à identifier et à contrôler. Comme le sel doit être stocké convenablement pour ne pas souffrir de l’humidité, il est difficile à cacher.
    C’est là que les choses commencent à se compliquer… vertigineusement ! Le système de perception des taxes de l’Ancien Régime est l’échafaudage le plus branlant, le plus compliqué et le plus inégalitaire que l’on puisse imaginer.
    D’abord, il faut comprendre que le roi ne touchait pas directement l’argent de la gabelle. La gabelle est affermée. C'est-à-dire que sa charge est achetée, le plus souvent par des banquiers. Ce que le roi touche c’est cette « location ». L’intérêt pour le roi c’est qu’il touche une somme fixe, assurée quoi qu’il arrive, sans avoir à se préoccuper de tous les problèmes de gestion, de contrôle etc.
    Ensuite, du point de vue fiscal, la France est divisée en deux grands systèmes. Les pays dit « généraux » et les pays « d’élection ». Pour simplifier, dans les pays généraux c’est le domaine royal. Le roi désigne le receveur général des impôts et celui-ci applique la politique royale. Généralement, le sel y est particulièrement cher. Dans les pays d’élection, les receveurs généraux sont élus par l’assemblée provinciale (les états généraux de la province). Généralement le sel y est moins cher. De plus, chaque ville a un impôt sur les marchandises (dont le sel) que l’on appelle l’octroi. On le paye en franchissant les murailles. On peut rajouter des régimes différents pour des raisons économique (les régions de production du sel ne payent pas la gabelle mais doivent remettre le quart du sel produit directement au roi, les pays les plus éloignés des sources de production sont plus taxés sur le sel), religieuse (les ordres religieux achètent le sel d’aumône… un sel à prix réduit), militaires (l’armée royale est fournie en sel à prix modique) sans compter les purs privilèges (villes, personnes ou métiers exemptés de la gabelle).
    Le système est si absurde que le prix du sel peut varier de 1 à 10 entre deux villes de part et d’autre de la frontière entre le domaine royal et une seigneurie. Tant d’inégalités provoquent des révoltes et surtout l’apparition de faux-saulniers (des contrebandiers du sel). Étant donné que la gabelle est un monopole royal toutes ces révoltes et actes de contrebande sont considérés comme des crimes de lèse-majesté. Ils sont réprimés par l’armée royale, les coupables seront parfois roués… comme des régicides, à l’instar de mon ancêtre Mandrin http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Mandrin !
    Mais cela n’empêchera pas la contrebande de sel…. Y compris dans des proportions spectaculaires. En Auvergne, au XVIIIe siècle, les nobles locaux recrutaient les faux-saulniers en plein jour, au son des tambours et des fifres et avançaient en armées de plus de 300 hommes lourdement armés.
    Ce qui achève de rendre la gabelle aussi odieuse aux yeux du petit peuple, c’est les gabelous eux-mêmes. Il faut se rappeler qu’ils ont acheté leur charge, ils ne reçoivent aucun traitement pour l’exercer. Au contraire, ils paient de leur poche les gardes des greniers, les soldats qui escortent les contrôleurs et les contrôleurs eux-mêmes. Dès lors, les gabelous se montrent pingres, mesquins, acharnés à faire payer jusqu’au moindre sou. On doit beaucoup à leurs tracasseries et à leur besoin de rafler deux ou trois sous de plus que le système de mesure du sel ait mis si longtemps à être uniformisé dans toute la France.
    Eugène-Pierre de Baulieu a dit ceci sur les gabelles (il y a en fait cinq gabelles différentes… mais je ne veux pas compliquer inutilement l’article) : « Elles furent un obstacle au progrès de la richesse nationale, une cause de démoralisation ; et elles restèrent une imposition de plus en plus pesante, vexatoire et tyrannique. »
    En 1774, à la veille de leur suppression, les gabelles formaient encore le tiers des impôts perçus en France.
    Les révoltes paysannes
    Note : les révoltes paysannes du XVIIe siècle furent plus importantes, plus régulières et bien mieux documentées que celles du Moyen Âge mais elles eurent lieu pour les mêmes raisons. D’autant plus que du point de vue des impôts le système n’a pas changé entre le XIVe et 1789. C’est pour ça que je les prends en exemple.
    Le mécanisme est simple, un mécanisme infernal qui va se reproduire à plusieurs reprises. La spéculation sur le grain n’est pas une affaire moderne, lorsque celle-ci se joint à une dépréciation des monnaies les plus faibles, celles que les plus pauvres ont dans leur poche la situation devient explosive.
    Le petit peuple se retrouve à payer des impôts qui en valeur absolue n’ont pas changé, mais avec une monnaie dépréciée et devant en même temps acheter leur pain très cher (dépréciation de la monnaie + augmentation du prix du blé). La frange la moins riche de la population se retrouve alors plongée dans la misère la plus noire.
    Un exemple : en 1636, dans le Saintonge, le tonneau de vin coûtait 13 livres. En Bordelais, il était seulement à 6 livres et comme les mesures étaient différentes d'un pays à l'autre, le tonneau était plus grand. Le Saintonge payait la taille, tandis que le Bordelais en était exempt. Pour compliquer le problème, les villes de Saintonge étaient aussi exemptes de taille. Les paysans de la région en vinrent à haïr les citadins, d’autant plus que les officiers des finances royales vivaient bien sûr dans les centres urbains. Or, citadins de Saintonge, paysans de ce même pays et du Bordelais, tous vivaient de la viticulture. Et les paysans du Saintonge étaient lourdement endettés.
    La situation était déjà ancienne et les raisins de la colère mûrissaient (déjà) contre les concurrents déloyaux. Mais cette année-là, le roi fit doubler les impôts directs : tailles ( levée d’argent pour l’entretien des garnisons) et impôts des étapes (pour le passage des troupes), en même temps, les paysans apprennent que les aides sur le vin sont portés de 12 à 15 livres par tonneau.
    C’est la révolte des croquants… excédés par les impôts les gens du pays en viennent à massacrer toute personne originaire de Paris. Près de 8 000 hommes en armes se réunissent…. Deux semaines plus tard, ils sont 40 000 !
    Richelieu reçoit des envoyés des croquants : curés de villages, petits nobles, laboureurs aisés, ils décrivent la situation terrible de leur pays et en particulier l’avidité des collecteurs qui n’hésitent pas à enlever outils, bétail et même vêtements aux paysans incapables de s’acquitter des impôts. La Force, envoyé du roi auprès des croquants, de renchérir disant qu’il est « touché d’une très grande compassion en voyant les pauvretés extraordinaire des peuples. »
    La révolte se terminera pacifiquement par la médiation royale, mais reprendra juste après dans le Périgord. Les problèmes sont similaires à ceux du Saintonge, s’y rajoutent les exactions des gens de guerre, qui – au XVIIe siècle comme à la fin du Moyen Âge sont des mercenaires. Cette soldatesque brûle les villages, enlève les filles, viole les femmes, torture les hommes pour leur voler leurs biens.
    Pendant les guerres de religion, l’époque de Louis XIII ou la guerre de Cent Ans, la France souffre des mêmes plaies : mauvaise conjoncture économique, difficulté pour commercialiser les denrées agricoles, brutalité des agents royaux, accroissement des impôts, ravages opérés par les mercenaires.

  12. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    Routiers, brigands et Écorcheurs, le mercenariat au Moyen Âge

    Au début du Moyen Âge, l'armée est levée parmi les hommes libres et conduits par leur seigneur, les seuls guerriers professionnels de l'époque franque. Le système féodal fait disparaître l'armée nationale des Francs au profit d'un ost royal composé des troupes levées par le roi (le ban) et par ses vassaux (l'arrière ban).

    Ce système ne résiste pas à la guerre de Cent Ans. La particularité de ce long conflit est le climat de guerre permanente qui s'étale sur près d'un siècle. Les chroniqueurs racontent qu'entendant les cloches d'alarme des villes, les troupeaux rentraient spontanément à l'abri des murailles, que les oiseaux cessaient de chanter dans les arbres... même la nature, par réflexe pavlovien, calquait son comportement sur celui des hommes.
    Une levée de piétaille ne pouvant être organisé pendant plus de 40 jours (droit féodal) et pendant le temps des travaux agricoles ou en hiver.... impossible de garder l'armée féodale classique au combat pendant des années.

    Les routiers

    Les routiers (troupes en vieux français) sont les premiers mercenaires professionnels. Ils apparaissent durant les guerres opposant les Plantagenêt d'Angleterre aux rois de France. Grâce au recours à ces troupes professionnelles, les Anglais remportent plusieurs batailles. Pour contrer les forces anglaises, Philippe Auguste n'a d'autre choix que d'engager lui-même des routiers.

    Les brigands

    L'habit de guerre le plus courant de la fin du Moyen Âge est la brigantine. Il s'agit d'une cuirasse de lamelles de métal recouverte ( à l'intérieur comme à l'extérieur) par un fort tissu et solidarisés ensemble par des clous. C'est un peu l'uniforme du soldat médiéval. On appelait d'ailleurs ceux qui s'en vêtaient "brigands" (soldats), à l'origine sans connotation péjorative. Une troupe de brigands était une brigade, leur chef un brigadier. Seulement, les soldats professionnels n'étaient pas fait pour la paix. À part tenir une arme, leurs doigts n'étaient pas faits pour quelque travaux que ce soit. La guerre de Cent Ans n'est pas - contrairement à l'imaginaire populaire - une guerre de "cent ans" mais plusieurs conflits qui s'étalent sur cette période, entrecoupés de paix qui durent parfois dix ou vingt ans. Ces périodes de "paix" entre la France et l'Angleterre ne sont pas de vraies paix. Les mercenaires n'étant plus payés se groupent en bandes qui vont attaquer les villages pour les piller, violer les femmes et détruire par simple goût de détruire. C'est ainsi que brigand ne devint plus utilisé que comme synonyme de "bandit".

    Les Écorcheurs

    Après la paix d'Arras en 1435, de nombreux mercenaires se retrouvent une nouvelle fois sur les routes. Leurs exactions dépassent tout ce qui s'était fait jusque-là. Leur surnom vient du fait qu'ils écorchaient vifs les paysans pour leur faire avouer où ils cachaient leur magot. Un des chefs écorcheurs ( Dimanche le loup) était même connu pour ses goûts culinaires, préférant à tout autre met le bébé cuit à la broche.

    Ironiquement, le roi Charles VII ne peut rien contre eux. Pour lever une armée, il lui faut des impôts ! Pour pouvoir lever des impôts il lui faut être en paix. Mais c'est lorsque le royaume est en "paix" que les Écorcheurs se livrent aux saccages qui ruinent le royaume. Et même s'il avait de l'argent, il n'y a pas d'autre armée à lever que les Écorcheurs...

    En fait lorsque Rodrigue, un chef de guerre écorcheur, se met en tête d'assiéger Tours (capital provisoire du royaume) le seul recours du roi est de faire écrire par sa femme et par sa belle-fille, la dauphine Marguerite d'Écosse une lettre enjoignant l'Écorcheur à renoncer à son projet... lettre assortie d'une "aide" (impôt) exceptionnelle levée en Languedoc.

    Pour se débarrasser enfin de "son" armée dont il n'est qu'un otage, le roi de France imaginera un stratagème. Sous prétexte d'une aide à l'Autriche en guerre contre les Cantons, il les enverra affronter les Suisses sous le commandement du dauphin Louis (futur Louis XI). La bataille de la Birse sera meurtrière... plus de la moitié des terribles mercenaires y périra.... d'autres encore trouveront la mort dans le conflit que le dauphin Louis déclenchera en Alsace peu après. Les survivants seront pendu à leur retour... ou rejoindront l'armée royale... la première armée professionnelle et permanente de l'histoire de France. C'est grâce à elle que Charles VII boutera enfin les Anglais hors de France.

  13. arkanikorde

    arkanikorde Chef de projet - Le Roy c'est Moi ! Staff Member

    Des Écorcheurs... cela peut faire bien comme faction à combattre. ^^

  14. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    Hum, je pourrais introduire leur faction dans les livres d'histoire du royaume que j'écris actuellement. Vu que la guerre entre XXX et le Roy est terminée, ils ne doivent plus être rémunérés et doivent se livrer aux pires débordements.

  15. Goldrinar

    Goldrinar Modérateur WarGame Staff Member

    D'accord, c'est pour ça qu'ils ont choisi ce nom pour certains bandits royalistes de GW1. Je me disais que c'était encore un des délires d'A.net par rapport aux noms ^^ merci malhuin ;)

  16. Svartalfar

    Svartalfar Créateur Le Roy c'est Moi !

    La remarque de malhuin me permet de rebondir sur un point particulier de l'économie de l'Ancien Régime : le commerce de grains en temps de crise.

    Cela a déjà été dit, aussi je ne m'attarderai pas là dessus, mais l'économie de l'Ancien Régime, sans faire de misérabilisme, est une économie de subsistance : la nourriture est peu diversifiée, les rendements peu élevés et on vit dans la crainte d'une mauvaise récolte. Aussi il n'est pas rare que les générations connaissent plusieurs périodes de "crise" alimentaire (sans aller forcément jusqu'à la disette ou la famine), qui voit l'apparition de révoltes, très locales et périodiques.
    Lorsqu'elles sont frumentaires (à propos de la nourriture) tout ne se passe pas forcément dans la violence. Les grandes révoltes de la faim sont en réalité très rares, c'est aussi pour cela qu'elles marquent autant les esprits. La plupart des incidents sont extrêmement localisés et spontanés, sans coordination (parfois même d'un village à un autre les actions n'étaient pas concertées, malgré la mobilité des gens).
    Pour le grain, qui représente le bien le plus précieux du peuple (on estime qu'un homme vivant entre le Moyen Âge et le XVIIIe siècle mangeait un kilo de pain par jour, et presque rien d'autre à côté), lorsque les marchands se livraient par exemple un peu trop à la spéculation en temps de crise, des bandes villageoises se constituaient spontanément, et détroussaient lesdits marchands. Le but des détrousseurs était de se faire justice, mais pas en massacrant impunément. Il s'agissait en fait de vendre ces grains, mais au prix qui leur semblait juste. Ils n'étaient pas des voleurs, et retiraient justement une certaine fierté du fait de vendre ces blés. Bien sur, il arrivait que des "accidents" surviennent, et le marchand ne s'en tirait pas toujours à bon compte.
    En réalité, la spéculation était interdite car les blés relevaient de la Raison d’État. Autrement dit, le peuple devait avoir suffisamment de blé quoi qu'il arrive, et pour cela il fallait impérativement que les prix soient sous contrôle, et augmentent peu en temps de crise. Or, les marchands en spéculant selon la loi de l'offre et de la demande étaient susceptibles de faire monter les prix ! Aussi des mesures étaient prises, comme la fixation hebdomadaires des prix des grains par des tribunaux locaux ; ou le fait qu'à Paris par exemple, le commerce des blés ne relevait pas du prévôt des marchands mais du préfet de police. Toutefois les magouilles mercantiles étaient largement tolérées en temps d'aisance (elles faisaient partie de la transaction pour ainsi dire), et avaient par conséquent un peu de mal à cesser lorsque la crise survenait.

    De plus, le marchand ne jouit pas au Moyen Âge et jusqu'au XVIIIe-XIXe siècle d'une très bonne réputation. Cela a déjà été plus ou moins évoqué dans plusieurs sujets, mais le marchand représente une des plus basses classes de la société, plus bas que le vilain. Il est présumé fraudeur, voulant s'enrichir sur le dos des autres en spéculant et en s'arrogeant des monopoles. Cette vision est très répandue au sein de la population, mais se retrouve également dans la loi !
    Pour reprendre l'exemple du grain, un certain nombre de règles régissent son achat. En premier lieu, toute transaction est publique, et se fait donc au marché. Un marchand ne peut y acheter de grains tant que tous les citoyens n'ont pas fait leurs achats, il ne peut également en acheter dans une zone proche de la ville (qui varie pour chaque cité), leurs stocks sont contrôlés et leur activité de commerçant de grains ou de farines doit être signalée et approuvée par les autorités municipales ou royales (les boulangers sont concernés). La réunion leur est de plus interdite, pour éviter des ententes et l'apparition de consortiums visant à s'approprier les stocks de grains. Et bien entendu, le commerce est interdit à certaines catégories sociale ; comme les nobles (la pratique étant ig-noble, littéralement non noble) et les magistrats (pour éviter tout conflit d'intérêt).

    Il est à signaler que ces tensions autour de la spéculation perdurent jusqu'à la Troisième République, voir même au-delà. Entre Louis XV et Napoléon III, de nombreuses tentatives de libéralisation du marché ont été tentées, toujours suivies de retours à une économie modérée. Et même si le XIXe siècle allait dans le sens d'une sortie de cette économie de subsistance, très visible à sa toute fin avec l'ère de l'alimentation industrielle effrénée, les deux guerres mondiales l'ont remise au goût du jour.

  17. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    Je pense en particulier à la "loi du maximum" mise en place par les révolutionnaires qui du XVIIIe... jusque quelques années en arrière, fixaient un prix maximum au pain, afin de le garder à portée de bourse des plus pauvres. Loi qui fut abrogée sans vague sous la pression des grainetiers qui n'y trouvaient pas leur compte.

  18. Djarkal

    Djarkal Membre

    Et depuis on a le prix du pain qui a pratiquement doublé ^^

  19. Sigis_Mundo

    Sigis_Mundo Grand Ancien du Forum Staff Member

    Doublé t'es gentil ^^

  20. malhuin

    malhuin Créateur Le Roy c'est Moi !

    Mais la Bourse est une création médiévale, et ses excès sont déjà connus dès cette époque. La première bourse s'est tenue dans une auberge de marchands qui se trouvait à Bruges et tire son nom de la famille qui la tenait : les Van der Buerse.

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